21

 

Deux faisans s’envolèrent dans un battement d’ailes, filant dans le ciel pâle du petit matin. Le numéro un soviétique, Georgi Antonov, épaula son Purdey et pressa les deux détentes. Les coups de feu résonnèrent dans la forêt baignée de rosée. L’un des oiseaux, touché de plein fouet, tomba au sol.

Vladimir Polevoï, chef du Comité pour la sécurité de l’Etat, attendit un instant, puis, assuré qu’Antonov l’avait manqué, il abattit le second faisan d’une seule cartouche.

Antonov se tourna vers son directeur du K.G.B. et lui lança d’une voix sèche :

« Alors, Vladimir, on cherche encore à faire honte à son patron ? »

Polevoï interpréta correctement la feinte colère du président :

« Votre coup était difficile, camarade Président. Le mien était facile.

— Vous auriez dû vous occuper d’affaires étrangères plutôt que de police secrète, répliqua Antonov en éclatant de rire. Vous êtes aussi diplomate que Gromyko. »

Il s’interrompit un instant puis demanda :

« Où est notre hôte français ?

— Le président L’Estrange est à une centaine de mètres sur notre gauche. »

La phrase de Polevoï fut ponctuée par une volée de coups de feu jaillis des broussailles.

« Bien, fit Antonov. Nous avons quelques instants pour parler. »

Il tendit le Purdey à Polevoï qui le rechargea. Puis le chef du K.G.B. s’approcha et déclara à voix basse :

« Il vaudrait mieux ne pas aborder de sujets délicats. Les services français de renseignements ont installé du matériel d’écoute dans tous les coins.

— Les secrets ne restent plus longtemps des secrets de nos jours », soupira Antonov.

Polevoï eut un sourire entendu.

« Je sais. Nos agents ont enregistré la rencontre entre L’Estrange et son ministre des Finances la nuit dernière.

— Des révélations utiles ?

— Rien de bien intéressant. Presque toute la conversation a tourné autour de la nécessité de vous convaincre d’accepter le plan d’aide financière du Président américain.

— S’ils sont assez stupides pour croire que je ne vais pas profiter de la générosité naïve du Président, ils sont encore plus stupides de s’imaginer que j’ai accepté cette visite officielle pour en discuter.

— Soyez tranquille, les Français ignorent totalement la véritable raison de votre présence.

— Des nouvelles récentes de New York ?

— Seulement que Huckleberry Finn a dépassé nos espérances.

— Tout se déroule comme prévu ?

— Pour le moment, oui.

— Ainsi cette vieille sorcière a réussi ce que nous estimions impossible.

— Effectivement. Mais comment elle a fait, c’est un mystère. »

Antonov le dévisagea :

« Comment ! Nous ne le savons pas ?

— Non. Elle a refusé de nous mettre dans la confidence. C’est son fils qui a couvert l’opération. Nous ne sommes pas encore parvenus à pénétrer leur réseau. Ils sont plus imperméables que le mur du Kremlin.

— Salope de Chinoise ! cracha Antonov. Qu’est-ce qu’elle s’imagine ? Qu’elle traite avec des amateurs ?

— Je crois qu’elle est d’origine coréenne, le reprit Polevoï.

— Peu importe. (Antonov s’assit lourdement sur une souche.) Où l’expérience a-t-elle lieu ?

— Nous ne le savons pas non plus, répondit le chef du K.G.B.

— Vous n’êtes plus en communication avec le camarade Lugovoy ?

— Ses hommes et lui ont quitté l’île de Manhattan par le ferry de Staten Island vendredi soir. Ils ne sont pas arrivés à destination et depuis nous avons perdu tout contact.

— Je veux savoir où ils sont, déclara Antonov calmement. Je veux connaître l’endroit exact où se déroule l’opération.

— J’ai mis mes meilleurs agents sur l’affaire.

— Nous ne pouvons pas la laisser nous tenir ainsi à l’écart, surtout quand il y a en jeu l’équivalent d’un milliard de dollars de nos réserves en or. »

Polevoï lui lança un regard malicieux :

« Vous avez l’intention de la payer ?

— Est-ce que la Volga fond en janvier ? répliqua le numéro un soviétique avec un grand sourire.

— Ce ne sera pas facile de la doubler. »

Des bruits de pas approchaient dans les fourrés. Le regard d’Antonov se porta un instant sur les gardes forestiers qui avançaient avec les faisans abattus puis revint à Polevoï.

« Contentez-vous de trouver Lugovoy, murmura-t-il. Et le reste ira tout seul. »

 

A environ six kilomètres de là, dans un camion, deux hommes se tenaient devant un récepteur à micro-ondes. A côté d’eux, un magnétophone enregistrait la conversation d’Antonov et de Polevoï.

C’étaient des agents du S.D.E.C.E. spécialisés dans la surveillance électronique. Ils parlaient six langues, y compris le russe. Ils soulevèrent en chœur leurs écouteurs pour échanger un regard perplexe.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? » lança l’un d’eux.

Son compagnon haussa les épaules :

« Qui sait ? Probablement une sorte de langage codé.

— Je me demande si un analyste pourra en tirer quelque chose.

— De toute façon, nous, on ne le saura jamais.

L’homme remit son casque, écouta un instant, puis le reposa en déclarant :

« Ils parlent avec le président L’Estrange maintenant. On n’aura rien d’autre.

— Dans ce cas, on plie bagage et on expédie les bandes à Paris. J’ai un rencard à six heures. »

 

Panique à la Maison-Blanche
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